Le populisme, vu de Morlaix (4)

(…) « La référence au populisme semble bien aujourd’hui redoubler de fait et se faire de plus en plus accusatrice en droit dans le cadre des sociétés démocratiques désenchantées de notre époque. Nous ferons ici l’hypothèse qu’une telle peur du loup populiste ne provient pas d’un corps étranger qui menacerait de s’introduire de l’extérieur dans la bergerie démocratique, mais relève bien plutôt de l’essence de la démocratie elle-même et des conditions actuelles de son existence, et tout particulièrement de la crise de la représentation en politique qui y sévit. C’est pourquoi nous nous proposons ici de distinguer et d’articuler les trois modèles de démocratie qui caractérisent notre contemporanéité politique ; les modèles « représentatif », «  participatif » et « délibératif », en tâchant d’en mettre en évidence les vertus et les limites respectives et conjointes, non seulement quant au populisme lui-même, mais aussi et surtout en vue de résoudre une crise qui ne semble pas être seulement, ni même essentiellement, d’ordre politique, mais bien plutôt de nature anthropologique, s’il est vrai que ce qui est en jeu ici, au fond, c’est la capacité des hommes de s’accomplir comme des êtres libres et égaux par la médiation des institutions, politiques, notamment, qu’ils se donnent dans leur histoire (…)

à suivre

Joël Gaubert

Le populisme contre les peuples, Revue Cités, 49/2012 pp 27 à 48

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Le populisme, vue de Morlaix (2)

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-=-=-=-= Le populisme, vu de Morlaix (2) -=-=-=-=-=-=-=-=-=-= (…) Ce qui caractérise le populisme aujourd’hui, c’est qu’il se développe dans les sociétés démocratiques dont les populations sont en général dotée d’un haut niveau d’éducation (…)
Pour le dire d’une phrase : le populisme devient en effet un mode dominant du rapport aux citoyens dans des démocraties qui ont perdu le sens de la délibération publique, de la consultation populaire et du bien commun . En effet, l’exercice du pouvoir politique est aujourd’hui scindé en deux dimensions très différentes l’une de l’autre. La première consiste en une technicisation politique biaisée (…) [ l’auteur explique que cette technicisation aboutit à une sorte de dominance de l’expert, qui produit la stratégie de la « seule solution possible » (qui écarte, a priori, pour des raisons qu’on ne dit pas, toutes sortes de solutions alternatives ; l’auteur poursuit : ] « Cependant, pour que ce qui n’est plus une pratique démocratique puisse encore passer pour de la démocratie, il faut faire intervenir la seconde dimension de l’exercice du pouvoir. Cette seconde dimension consiste en une excitation de l’humeur des populations : en particulier par la peur. (…) C’est ce rapport aux humeurs du peuple qui commande aujourd’hui le rapport du pouvoir aux citoyens en donnant l’apparence du souci dans lequel le pouvoir tient le peuple (…) La démocratie dégradée dont je parlais au début consiste dans cette démocratie des humeurs populaires qui commande les politiques de sécurité, de justice, de santé et d’éducation, etc. Mais les humeurs des peuples sont changeantes, il est le plus souvent illusoire de penser qu’on les maîtrise. C’est pourquoi les populistes sont des apprentis soucieux (…) Il faut savoir résister à cette pathologie de la démocratie. Lorsque l’exercice du pouvoir maintient les citoyens systématiquement hors de la consultation et de la délibération sur les choix collectifs (…) alors on infantilise le peuple et on en fait le lit des populistes de tout acabit et de toute couleur politique.
Yves Charles Zarka
Le populisme contre les peuples, Revue Cités, 49/2012, pp 3 à 6

 

Le populisme, vu de Morlaix (1)

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-=-=-=-= Le populisme, vu de Morlaix (1) -=-=-=-=-=-=-=-=-=-= Le Télégramme d’aujourd’hui,27 décembre 2016 , consacre sa page 3 au « populisme ». Je recommande l’éditorial d’Hubert Coudurier, ainsi que l’article « Le populisme en cinq questions ». Cela va être l’occasion d’ouvrir une série sur ce problème, série que j’avais en préparation depuis longtemps. Chacun sait que l’on est dans une crise de la démocratie très profonde et qui ne se limite pas à la France, mais à l’ensemble des démocraties occidentales. Je pense que l’on doit, en la matière, réviser les fondamentaux. Il me semble que l’on ne peut pas réfléchir sérieusement à la crise de la démocratie, sans réfléchir parallèlement au populisme, ainsi qu’au phénomène de l’abstention, à quoi je consacrerai également, après le populisme, une série. Voici donc le premier envoi de la série : « LE POPULISME, VU DE MORLAIX « :